Enseignement d’Eric Vermeer à Marloie le 24 avril 2017.

Evangile selon St-Mathieu 6 ;24

Texte trop connu peut-être mais est-il réellement mis en pratique ? C’est vraiment la question que nous devons nous poser.

Dès la 1ère phrase, on ne peut servir deux maîtres. Evidemment, il y a nos rapports à l’argent. On sait très bien que pour le chrétien, le portefeuille, c’est parfois problématique. On peut s’interroger : pourquoi est-il parfois si compliqué de concilier le portefeuille avec notre foi ?

Mais plus loin que cela : « On ne peut servir deux maîtres à la fois » peut aussi être perçu d’une autre manière. Qui est-ce que je sers vraiment ? Est-ce que c’est Dieu que je sers ou est-ce que c’est moi que je sers ?

Dieu est-il vraiment maître de ma vie ou est-ce que j’essaie moi d’être maître de ma vie ? Est-ce que je sers Dieu ? Ou est-ce que je me sers ? C’est très subtil.

On peut parfois utiliser Dieu pour se mettre en évidence. Parce que mon égo prend toujours un peu plus de place qu’il n’y paraît. Même en tant que consacré, en tant que prêtre, est-ce que vraiment Dieu prend la première place dans ma vie ? On n’a pas que le droit de se poser la question, on a le devoir de se poser la question. Quand j’aime, est-ce que j’aime de manière gratuite, sans rien attendre de retour ? Ou est-ce que j’aime en espérant de la reconnaissance ? Même si c’est inconscient. N’allons pas trop vite pour répondre. Laissons ça descendre dans notre cœur et posons-nous la question. Est-ce que j’aime pour être aimé ou est-ce que j’aime parce que je suis né ?

Mettre Dieu à la 1ère place, c’est un combat de tous les jours et demande une démarche de conversion.

Le terme péché en Hébreu, c’est le même terme qu’on utilise pour dire « rater sa cible ».

Et conversion en Hébreu, c’est réaliser sa trajectoire.

Chaque fois que je pèche, je rate ma cible et comme un archer, il me faut réajuster mon tir pour que la cible soit réajustée vers le Christ. Ce n’est pas une fois par jour qu’il faut se convertir, c’est toutes les minutes de notre vie qu’il faut réajuster notre trajectoire.

« Ne pas servir deux maîtres », c’est vraiment se dire : est-ce que je suis unifié? C’est-à-dire, est-ce que ce que je pense je le dis, et est-ce que ce que je dis, je le fais ? On entre dans quelque chose de l’ordre du diapason dans notre vie et cette grâce d’être unifié, elle est essentielle parce qu’on peut être divisé et Jésus va dire dans l’évangile, « un temple divisé ne peut pas tenir ». Il parle d’une maison qui venait d’être cambriolée, les pharisiens disent, c’est par Belzéboul que tu guéris et Jésus répond : « Un temple divisé ne peut pas tenir et le temple, c’est vous. Le temple c’est chacun de vous le temple de l’esprit. Si tu es divisé, tu ne peux pas tenir. Plus je suis unifié, plus je deviendrai ferment d’unité.

Maintenant, le cœur de l’évangile de ce soir, c’est « ne vous inquiétez pas ». C’est la seule fois dans les 4 évangiles où il y a un terme qui est repris 5 fois en 15 lignes. On a entendu dimanche passé « je vous donne la paix » à trois reprises mais il n’y a pas d’autres moments dans la Bible, dans l’évangile où Jésus, à 5 reprises, dit « ne vous inquiétez pas ». C’est dire l’urgence, l’urgence d’entendre ça. Et quand j’ai pris hein la parole mes frères. Et si on n’est pas bouleversé par la parole, c’est qu’on n’a pas compris le sens de la parole de Dieu. Si on n’est pas bouleversé par la parole de Dieu, c’est qu’on n’a pas compris ce que veut dire la proclamation de l’évangile. Les protestants l’ont compris. Pour un protestant, à chaque fois que la parole de Dieu est proclamée, un événement historique se produit sur la terre parce que Dieu parle à son peuple. Est-ce que je suis bouleversé par la parole ? Pas uniquement dans l’émotion mais jusqu’au fond de mes tripes ?

« Ne vous inquiétez pas » (vous savez bien que j’aime bien l’étymologie) en latin, c’est l’agitation, le trouble, la peur. Faut-il rappeler que la peur n’est pas chrétienne.

Si vous avez peur, n’ayez pas peur d’avoir peur, mais aller explorer cette peur d’où elle vient, qu’elle est sa racine ? Est-ce que c’est justifié ou non ? Mais la peur n’est pas chrétienne. Elle vient de très loin cette peur. Elle vient du jardin d’Eden. Rappelez-vous, Adam et Eve s’aiment dans leur corps, leur cœur transcendé par l’Esprit. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Jusqu’au moment où l’adversaire s’infiltre et crée le doute. Soudainement, il y a une confusion identitaire qui s’installe. De la place de créature, Adam et Eve convoitent la place de créateur. Et le doute s’installe. Et c’est seulement quand le doute s’installe qu’Adam et Eve passent de l’amour oblatif à l’amour captatif. « Je ne te reçois plus, je te prends ». C’est à ce moment-là, qu’Adam et Eve se couvrent de feuilles, seulement à ce moment-là qu’ils ont peur l’un de l’autre. La relation est brisée dès le départ. Et Adam ira même jusqu’à se cacher dans le jardin de Dieu. Et quand Dieu va le retrouver « Adam, t’étais où ? ». Adam va répondre : « Je me suis caché parce que j’ai eu peur ». Dès le départ, la relation d’amour est brisée par la peur. C’est depuis cette peur que cette peur que « je ne sais plus me laisser aimer et aimer vraiment en vérité ». Et cette peur, elle paralyse nos relations depuis toujours. C’est pas pour rien si le Seigneur dit 365 fois dans la bible : « ne craignez pas, n’ayez pas peur, ne vous inquiétez pas ». Une fois pour chaque jour. Il nous faut découvrir que l’abandon dont parle aujourd’hui cet évangile n’est possible que si nous redevenons des enfants. Encore faut-il s’entendre avec la citation « enfants ». De nouveau, si j’accepte de me laisser bouleverser par l’évangile, écoutez Jésus qui dit : «Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume. ». Vous n’entrerez pas !!

Je ne sais pas si vous imaginez la puissance de ce que Jésus dit ?

Etre enfant, est la condition pour entrer dans le Royaume. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu le révèles aux tout petits. Est-ce que je prends vraiment au sérieux cette parole de Dieu ? La condition pour entrer dans le Royaume, c’est d’être un enfant. Accepter d’être abandonné, totalement dépendant dans les bras du Père. Je suis l’enfant de Dieu mais j’ai à le devenir.

Etymologiquement : le verbe « devenir » : mouvement perpétuel dans lequel je me transforme.

Je n’ai jamais fini de devenir enfant de Dieu. On n’a jamais fini d’apprendre à découvrir que Dieu est Père même si mon père biologique ou mon père adoptif a peut-être ternis, abîmé l’image que je peux avoir de Dieu le Père, on le sait, j’ai à rentrer dans ce chemin de filiation. Je n’ai pas le choix parce que c’est le seul chemin de guérison. Le seul chemin de guérison c’est un chemin de filiation. Si je n’ai pas compris ça, je peux faire des tas de retraites, je n’avancerai pas. C’est dans la mesure où j’accueille mon identité d’enfant de Dieu que j’accueillerai ma mission de serviteur du Royaume et que je pourrai vivre ma vocation à la Sainteté. Cette trilogie, il nous faut l’écrire en lettre de feu dans notre cœur. C’est dans la mesure où j’accueille mon identité d’enfant de Dieu que je peux vivre ma mission de serviteur du Royaume, et c’est dans la mesure où je vis ma mission de serviteur du Royaume que j’accueille ma vocation à la Sainteté. Et j’espère que vous avez tous ce désir de la Sainteté.

Donc, l’abandon, ce n’est pas une sorte de passivité béate, une sorte de fatalisme mièvre. Ecoutons St-Ignace qui dit : « L’abandon, c’est tout comme si tout dépendait de toi, tout en sachant que tout dépend de Dieu ». L’abandon, pourquoi j’en parle ce soir, c’est parce que j’ai le sentiment profond que c’est ce qu’il y a le plus dur à faire dans notre vie. C’est la pierre angulaire de tous les saints, et c’est la pierre d’achoppement de tous les chrétiens. C’est très facile de parler d’abandon quand tout va bien. C’est très facile de dire : « Moi, je suis abandonné ». On ne parle d’abandon que quand on a connu l’épreuve. Dire, je suis abandonné parce que j’ai 2000€ qui tombent sur mon compte, parce que les enfants vont bien. Tout le monde sait le faire. On peut parler d’abandonner quand j’arrive à dire : « L’événement qui s’en vient, je l’accepte tel qu’il est ». L’abandon, c’est de pouvoir dire, je ne condamne pas l’événement qui s’en vient. Je ne condamne pas l’événement. Quel que soit l’événement douloureux, très douloureux, ou très très douloureux, dès lors que l’événement est accueilli en tant que ce qu’il est, sans diffusion sans interprétation, il est porteur de grâces. Pas tout de suite mais il est porteur de grâces.

Faut pas charrier quand même : le cancer, la maladie, la famine. Oui, entre ce que Dieu veut, et ce que Dieu permet, il y a notre liberté. Condition sine qua non d’un amour inconditionnel. Et dans cette liberté, j’ai la capacité de dire « oui » ou de dire « non », j’ai la capacité de choisir le bien ou de choisir le mal.

Mais je reste convaincu, Rom 8 ;28 que : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu ».

Même ce casse-pied qui m’énerve tous les jours. Oui, il est un événement dans lequel Dieu veut me dire : « Eric, apprends la patience, apprends le pardon ». Et soudainement, je découvre que mon agresseur devient le médecin de mon âme. Tout événement, quel qu’il soit, dès lors que je l’accueille tel qu’il est (et c’est ça l’accompagnement spirituel, aider les gens à accepter ce qui est), est porteur de grâce.

Il me faudra vivre jusque dans la paix l’abc dans la vie. J’accueille ce qui est, je bénis Dieu pour ce qui s’en vient et je sais qu’un jour je comprendrai. C’est l’abc. J’accueille, je bénis, je comprends ou je comprendrai. C’est l’abc. Et je ne doute pas de ça. Plus je résiste à l’épreuve, plus ce sera difficile à vivre. Il faut bien se mettre ça dans la tête. Quand une tuile vous tombe sur la tronche, que vous le vouliez ou non, vous aurez à la traverser. Tant qu’à faire, autant ne pas résister. Plus vous allez résister, plus ce sera compliqué. C’est une évidence.

Dieu ne veut pas forcément cela. De tout bien et de tout mal surtout, Dieu peut tirer le bien. Et la Croix, la Croix est le plus bel exemple.

Math.14. « Père tout est possible pour toi. Cette coupe, éloigne-là de moi. Mais cependant pas ma volonté mais la tienne. ». Rien que la tienne. Jésus va aller jusqu’au bout de l’amour. On le sait, ce n’est pas la Croix en tant que telle qui nous sauve, c’est l’amour avec lequel il a porté cette croix qui nous sauve. Est-ce que je crois vraiment à cette parole ? « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu».

Et devant la souffrance, les guerres, le terrorisme, Seigneur, j’accueille ce mystère dans la foi sans comprendre, sans nier ma colère contre l’injustice. Je ne l’étouffe pas, elle est là. Le Seigneur me dit : « Ouvre-toi avant d’offrir. Mets des mots sur ce que tu vis ». J’accueille le fait quand dans ma liberté, tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu.

J’ai connu une infirmière, maman de 4 enfants qui à 45 ans a connu un AVC. Elle est devenue aveugle. Elle a fait tout un chemin de foi. Elle me disait : « C’est depuis que je suis aveugle que je commence à voir clair. » De tout mal, Dieu peut tirer du bien.

La grâce de l’abandon, c’est « est-ce que je suis capable de dire « oui » à ce qui s’en vient, sans mièvrerie, sans passivité. Les yeux ouverts sur ce que je peux et sur ce que je dois changer dans ma vie ? J’ai une responsabilité. J’ai des talents que je ne dois pas enterrer. Mais ce que je vis, je le vis dans la paix. Quand dans l’évangile, il est dit : « Regarder les oiseaux du Ciel ». Eh bien, regardez-les. Les moineaux travaillent 14 heures/jour, il n’y a pas de cortisone dans leurs corps. Il n’y a pas d’hormones de stress, apparemment. L’abandon, ce n’est pas la Dolce Vita. Les ouvriers sont peu nombreux et il faut bosser pour le Royaume mais dans la paix, dans la paix, dans l’abandon. Vous voyez ?

Devant ce casse-pied qui m’agresse…, n’oubliez jamais que l’autre n’est jamais responsable de la violence qui est en vous. Même si vous êtes agressé, même si vous êtes injurié, le combat n’est pas à l’extérieur de vous. Le combat est à l’intérieur de moi. Je suis toujours responsable de la manière dont je réagis. Je suis toujours responsable de la violence qui est en moi. Arrêtons de dire « c’est à cause de l’autre ». Ne retournons pas au jardin d’Eden. Je suis responsable de la violence qui est en moi quelle que soit l’agression que je reçois. Je suis configuré au Christ. Je vais même jusqu’à me dire : « comme j’appartiens au Christ, on ne peut rien me prendre ».

Regardons les oiseaux du ciel. Découvrons que plus je résiste, plus je choisis le malheur dans la vie. Le Curé d’Ars, vous le connaissez, c’est quand-même un type génial ! Le curé d’Ars est un jour interpelé par son vicaire parce qu’il fait très mauvais. Le vicaire lui dit « Quel temps ! Monsieur le Curé, quel mauvais temps !». Le Curé d’Ars lui dit : « Non, il fait toujours beau et il ne fait mauvais que pour les pauvres pécheurs. Il fait toujours beau pour le chrétien. Même quand il pleut ». C’est bête, hein, mais c’est à creuser.

Devant l’imprévu, devant l’épreuve, est-ce que je demeure en Dieu ? On sait que l’inquiétude, c’est toujours une sorte d’anticipation du futur. Avant de souffrir, j’ai peur de souffrir ; avant de mourir, j’ai peur de mourir ; avant d’être seul, j’ai peur d’être seul. C’est toujours une anticipation du futur. C’est facile. Si vraiment l’inquiétude est l’anticipation au futur ; l’antidote, c’est vivre le temps présent. C’est aussi simple que ça. Mais c’est tellement simple que c’est tellement compliqué. Il y a des gens qui sont tellement omnibulés par le futur, hyper angoissés, qu’ils vivent comme si ils n’allaient jamais mourir et ils meurent comme si ils n’avaient jamais vécu.

On a tous des exemples, des patients en fin de vie qui se disent : « Pourquoi, il a fallu que j’aie ce cancer pour m’arrêter ? Pourquoi a-t-il fallu que j’aie un cancer du poumon pour voir que j’aime ma femme et que je ne le lui ai jamais dit ? Rien n’a su m’arrêter sauf mon cancer et c’est maintenant que je me rends compte que j’ai deux grandes filles que je n’ai pas pris le temps de voir grandir. » Quand les gens disent qu’ils n’attendent pas demain pour vivre, ça peut sembler bateau quand c’est un patient en fin de vie qui va mourir. Parce que du coup, ça prend une résonnance autre, croyez-moi.

Une responsable des échographies disait : « vivre le temps présent rend les croix plus supportables ». Vivre l’aujourd’hui c’est vraiment la première condition.

A l’hôpital, nous avions une sœur contemplative qui devait être vue par un médecin qui avait plus d’une heure de retard et je vois encore ce médecin se confondre d’excuses. « Excusez-moi ma sœur de vous avoir fait attendre plus d’une heure ». Et la soeur lui a répondu : « Mais Docteur, je n’attends jamais ». Elle était dans l’éternel présent. Elle n’attend jamais ! Quelle leçon !

L’impatience.

Si vous êtes impatient, réjouissez-vous de découvrir que vous êtes dans une immaturité spirituelle. Réjouissez-vous, ne vous culpabilisez pas, c’est génial, le Seigneur vous dit : « Voilà pourquoi tu es venu ce soir ». Pour t’entendre dire que l’impatience est un signe d’immaturité spirituelle et c’est chemin de croix sens que je t’invite à prendre aujourd’hui. Vous connaissez St-Thérèse d’Avila, la patience obtient tout. Réjouissez-vous de vous reconnaître dans l’impatience, c’est là que tu vas découvrir la clé de ton bonheur. Arrête d’être nostalgique sur le passé. Arrête de t’angoisser sur l’avenir. Regarde cet homme dans l’évangile qui veut construire des greniers parce qu’il a peur de l’avenir. Dieu lui dit : « Pauvre fou ! C’est ce soir que je reprends ta vie. C’est ce soir que je reprends ta vie. Arrête ! Pauvre fou, arrête ! Vis dans l’instant présent, aujourd’hui ».

La petite Thérèse : « Pour t’aimer Seigneur, je n’ai rien qu’aujourd’hui, demain est toujours trop tard ». On peut dire que dans la miséricorde, il n’est jamais trop tard sauf pour le verbe « aimer ». C’est un verbe qu’on ne devrait jamais dire « au futur ». On ne doit jamais dire : « demain j’aimerai ». Non, aujourd’hui.

Quand ça arrive, ce n’est pas grave. On rebondit. Un jour, au Foyer St François, il y a un patient qui demande pour me voir. La journée se passe avec un cortège d’imprévus. Le lendemain, j’arrive avec l’intention de le voir en priorité et j’apprends qu’il est décédé. Est-ce que je me culpabilise ? Ou est-ce que je vais près de cet homme pour lui dire : « Merci, message reçu 5/5, ça n’arrivera plus » ? Dans le cadre de la fin de vie, je n’attendrai plus demain pour aimer.

Vivre le présent, première condition pour être dans l’abandon.

Deuxième condition, bien sûr, se reconnaître enfant et donc dépendant, ne cherchons pas l’amour ailleurs qu’auprès du Père.

Là, je vais vous demander un gros effort. Fais le deuil de vouloir plaire à tout le monde. Il m’a fallu presque 40 ans pour découvrir ça, je pensais qu’il suffisait d’être gentil, empathique, accueillant pour plaire à tout le monde. Non, on ne peut pas plaire à tout le monde et tant mieux. C’est le Christ qui est mon seul rocher.

St-Paul, aux Galates, a dit clairement : « Est-ce que je recherche la faveur des hommes ou la faveur de Dieu ? C’est la seule manière de vivre le martyre chrétien. Quel regard t’importe ? Est-ce que c’est le regard de l’autre ou le regard de Dieu qui m’importe ? St-Ignace ira même jusqu’à dire qu’il y a un comportement d’abnégation du regard de l’autre : on est esclave du regard de l’autre. J’ai tellement besoin d’être aimé. J’ai tellement soif de correspondre à ce que l’autre attend de moi que je me trahis.

L’amour aussi beau soit-il, humainement, ne va jamais combler pleinement notre soif d’infini. J’ai une épouse merveilleuse que j’aime éperdument depuis 33 ans, jamais elle n’arrivera à combler mon cœur parce que ma soif d’infini est tellement grande que seul Dieu peut combler ça, et tant mieux.

Troisième étape pour vivre cet abandon, c’est l’humilité. Mère de famille de tous les saints.

Notre brave Curé d’Ars, on lui demande un jour, quels sont les trois plus grandes vertus chrétiennes. Et il répond tout bonnement : la 1ère c’est l’humilité, la 2ème, c’est l’humilité et la 3ème, c’est l’humilité.

Vraiment découvrir, c’est quoi l’humilité ?

J’ai demandé au Père un jour, quelle est ta définition ? Très subjectivement, dans les filtres de mon humanité et dans ce que j’ai pu percevoir, c’était ça : « Bannis l’amour du paraître pour disparaître dans l’amour afin d’être lumière du monde ». C’est être humble que d’être lumière du monde. C’est paradoxal. On te demande d’être simplement miroir. Bannis l’amour du paraître pour disparaître dans l’amour afin d’être lumière du monde. C’est dans la mesure où je disparais dans l’amour que je deviens enfant de lumière.

« L’humilité », dira Jésus à Ste Faustine, « c’est fuir les démons ». L’humilité nous décentre de nous-mêmes.

Quels sont les fruits amers de l’inquiétude ? Le stress et la tristesse.

Que ce soient les Pères de l’Eglise, que ce soit la psychologie, c’est clairement entraîné aujourd’hui que dans la plupart des cas lorsque les gens sont tristes et sont stressés, c’est qu’il y a en eux, un « moi » trop envahissant. Dur hein ! Si je suis stressé ou triste, c'est qu’il y a en moi un « moi », un égo trop envahissant. Il faut que j’accueille une fois pour toutes et tous les jours cette phrase de Jean-Baptiste : « Seigneur, il faut que je diminue, il faut que tu grandisses ».Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Bien sûr, il y a des situations tragiques où la tristesse et le stress sont tout à fait compréhensibles. Et c’est pour ça que je dis souvent que l’abandon est extrêmement violent parce que même là, j’en crève, c’est indécent ce que je vis. Mais même là quand je suis configuré au Christ, est ce que je choisis la confiance contre vents et marrées ?

L’humilité, elle facilite notre vie, mes frères et sœurs. La petite Thérèse qui était elle-même une maîtresse en humilité : « Devant les obstacles, je suis tellement petite que je passe en-dessous plutôt qu’au-dessus. Quand je chute, je suis tellement petite que je ne tombe pas de bien haut ». Voyez, et aussi cette phrase : « Aime doucement ta misère ». Je ne fais pas l’apologie de ta misère. Aime doucement ta misère. Fais le deuil de cette personne que tu rêves d’être et sois toi. C’est comme ça que Dieu t’aime. Fais le deuil de la personne idéale que tu rêvais, tends vers la sainteté. Accueille-toi, accueille-toi dans ce que tu es. Tes misères sont les lieux de rendez-vous dans la tendresse de Dieu. Accueille toi, là.

La simplicité : 4ème étape, pour vivre l’abandon.

Ce que nous sommes compliqués. On envoie un sms à quelqu’un qui ne répond pas tout de suite. Qu’est-ce qui se passe ? Il est fâché sur moi, etc… On n’est même pas en train de se dire qu’il est en train de faire autre chose. J’attendais qu’il fasse le premier pas, il ne l’a pas fait. J’ai envoyé un mail à ma fille, elle ne me répond pas. Qu’est-ce qui se passe ? Et on rentre dans les scénarios. Et les deux pièges qui nous font quitter la réalité, c’est l’illusion (j’entends ce que j’espère entendre) et c’est l’interprétation (j’entends ce que je peux entendre).

Dieu qu’est-ce qu’il nous dit : « Soyez dans le réel, arrête de te prendre la tête. Sois un peu plus simple ». « Regardez les lys des champs », dit l’Evangile. Quelle est la qualité d’un lys des champs ? Comment ça se fait que le lys ne se brise pas dans les vents contraires ? Ils sont souples. Quel que soit le vent, le lys se laisse porter. C’est parce qu’il est souple qu’il ne se brise pas. Continuez à vous rigidifier et vous serez brisés tous les jours de votre vie.

Est-ce que j’accepte d’être souple, cette simple souplesse ? Quand je donne des formations pour les Communautés, c’est impressionnant de voir comme la rigidité sclérose jusque dans les relations. Les relations sont sclérosées par un excès de rigidité. Le Christ va le dire lui-même, Moïse nous a dit qu’il fallait lapider cette femme. C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a dit ça. Moi, je vous dis : « Aime tes ennemis ». C’est parce que tu es rigide que tu brises l’élan de ta générosité. Sois souple pour que le Christ puisse entrer en toi avec son Esprit.

La simplicité rime avec la Providence.

On se pose trop de questions, on a trop d’attentes, en général. D’où l’importance de vivre l’intimité qui est le cinquième point.

5ème étape : l’intimité

Bien sûr que l’Eucharistie est le sommet de la vie chrétienne. Bien sûr que le chapelet est essentiel. Bien sûr que se nourrir de la parole de Dieu est une véritable lampe, bien sûr qu’un flot de prières comme les offices sont extrêmement importants. Mais si je découvrais aussi la joie de l’enfant qui est la prière d’oraison. C’est-à-dire, une prière à Esprit et mains libres. Est-ce que ça m’arrive d’être à Esprit et mains libres ? C’est-à-dire accepter d’être devant Dieu sans rien faire. C’est ça qui nous attend au ciel et pas pour 10 ans, pour l’éternité. Pourquoi Ste Thérèse d’Avila a été heurtée à une Communauté rigide ? Parce qu’elle était déconcertante de simplicité. Parce qu’elle a seulement dit des choses, ce qui est à faire dans l’oraison, c’est de ne rien faire. Elle a été confrontée à l’intellectualisme théologique de son temps. Ce n’est rien d’autre. L’oraison, c’est accepter de rien faire. Jésus lui a dit : « Thérèse, arrête de te chercher en moi mais trouve-moi en toi. » C’est parfois très piégeant, on peut avoir une prière très nombriliste. « Seigneur, aide-moi. Seigneur, fais que… ». La prière d’intercession est hyper importante. Est-ce que j’arrive à dire « Seigneur, je t’aime gratuitement, sans attendre ». « Ne te cherche pas dans mon cœur », dit Jésus à Thérèse d’Avila. « Mais cherche-moi dans ton cœur ». C’est vraiment le piège aujourd’hui. Il me faut descendre, il me faut me désencombrer. C’est à dire faire de la place. Le père de Causal disait cette phrase, elle est extrêmement importante. Si elle vous choque, j’en suis ravi parce que le terme provocation veut dire « pousser en avant ». Si cela vous provoque, tant mieux. C’est cela qui nous pousse en avant. « La vraie croissance spirituelle commence dès lors que l’on est prêt aujourd’hui à mourir, La vraie croissance spirituelle commence dès lors que l’on est prêt à mourir aujourd’hui ». Il ne s’agit pas d’être mortifère .Il ne s’agit pas de rechercher cela. Est-ce que je suis abandonné jusque-là ?

C’est comique, l’homme est très complexe. Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir. C’est bizarre, quand même hein. Tout le monde voudrait la résurrection mais personne n’a envie de la passion. Désolé. Est-ce que je désire la voie du Ciel ? Cela passe par la croix. Et plus je les accueille, plus ils seront facilement traversables ! Thérèse va dire à la fin de sa vie : Maintenant, c’est l’abandon seul qui me guide. Ce n’est point d’autre boussole…

Etre enfant de Dieu. « Oui, mais Eric Vermeer, calme, hein. Il faut quand même être adulte dans la vie. Bien sûr, je n’ai jamais dit le contraire. »

On peut être enfant et adulte. C’est évident que la condition fondamentale pour entrer dans le Royaume de Dieu, c’est devenir enfant. C’est pas moi qui le dis, c’est le Christ. St-Paul aux Corinthiens, chapitre 14. «Ne soyez pas des enfants. Sous le rapport du jugement. Soyez des hommes faits, soyez des adultes dans la foi. » Bien sûr que j’ai à vivre le doux mouvement d’abandon filial tout en assumant mon être d’adulte.

Le fait d’être adulte, ça veut dire quoi ?

1ère étape : est-ce que je suis capable d’aimer dans la différence et dans la durée ?

Etre adulte dans la foi. On peut avoir 50 ans et être totalement immature affectivement. Même 70-75.

Le double commandement du Christ qui est rappelé en Mathieu 22. C’est un triple commandement, finalement. Quand Jésus dit : « Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il s’agit d’un triple commandement : aimer Dieu, s’aimer soi-même pour mieux aimer les autres.

Vous connaissez le bon pape Jean XXIII, fils d’agriculteur qui avait une délicatesse, une chaleur incroyable quand il rencontrait les gens. A tel point que chaque personne qu’il rencontrait se sentait unique. Un jour, on demande à sa Sainteté : « Comment se fait-il que quand on vous rencontre, on a toujours l’impression d’être la personne la plus importante du monde ? » Jean XXIII répond tout bonnement : « C’est parce que je m’aime ». Il était d’une humilité incroyable. C’est merveilleux.

On peut se poser la question, est-ce que je m’aime ? Non, pas dans un orgueil démesuré mais toutes les personnes qui ont eu des difficultés dans leur vie, moi, je leur dis : inscrivez sur votre miroir : « Je te rends grâce pour la merveille que je suis ». Le matin, quand vous vous brossez les dents, quand vous vous peignez : Regardez-vous dans un miroir et dites : « Je te rends grâce pour la merveille que je suis ». Parfois les gens vont le dire pendant des mois par obéissance, puis à force d’être dit, ça va s’incarner parce que si le Verbe s’est fait chair, c’est pour que ma chair devienne Verbe et j’ai besoin de dire ce que je vis.

Evidemment, dans un deuxième temps : aimer les autres comme soi-même. C’est la 1ère étape, par après : Jean 13. Un nouveau commandement : « Je vous demande d’aimer comme moi j’aime ». Aimer d’un amour Agapè, sans attentes. Ce n’est possible que si je suis dans un degré d’intimité. Il n’y a pas de fécondité sans intimité, au préalable. Si même le Christ passe des nuits entières à prier le Père, combien nous pauvres bougres n’aurions pas besoin d’intimité ? Pour qui nous prenons-nous, finalement ?

Etre adulte, 2ème étape : c’est établir des relations interpersonnelles tout en sachant qu’elles ne sont pas parfaites. Est-ce que j’accepte, finalement, une fois pour toutes que je n’ai pas à correspondre à l’autre ? J’ai à dire qui je suis. Et dire « oui » à ce qui fait ma vie m’oblige de dire « non » à tout ce qui m’empêche d’être. Etre adulte, c’est « Aie le courage de dire non à tout ce qui t’empêche d’être ». Ne tombe pas dans cette démagogie spirituelle de dire oui « On fait silence, il faut se taire ». Le Seigneur ne te dit pas : « Heureux, si tu sers de paillasson pour les autres ». Il te dit « Heureux, ceux qui se battent pour la justice ». Je n’oppose pas l’abandon à la recherche de la justice.

Etre adulte, c’est avoir la capacité d’être vivant au monde et de faire ce que j’ai à faire. Je n’ai pas à m’engloutir dans le monde. Je suis envoyé dans le monde, certes comme des agneaux au milieu des loups mais je suis envoyé dans le monde. Et il faut y être.

Etre adulte, c’est un peu compliqué dans notre monde contemporain. C’est acquérir une certaine stabilité ; Dans une certaine constance, St-Paul aux Hébreux va dire : « Courir avec constance l’épreuve qui m’est donnée. » La constance est une prière qu’il nous faut demander tous les jours. On rencontre de plus en plus de gens très fragiles psychologiquement, émotionnellement. Un jour je vais bien, un jour je vais mal ; un jour je vais bien, un jour je vais mal. C’est dans l’intimité qu’on acquiert la stabilité. Il y a des gens qui n’iront jamais bien, qui sont tout le temps dans la culture de la plainte. « Seigneur guéris-moi » mais qui n’ont pas envie d’être guéris parce que ça les arrange bien d’avoir des gens qui sont dans la compassion autour d’eux. Veux-tu vraiment guérir ? « Oui, mais » ; « oui mais », ça veut dire « non ». Ou c’est « oui », ou c’est « non ». Si c’est « oui », vas-y. Je ne te dis pas qu’il va te guérir mais je peux te dire qu’il va te sauver. Dieu ne guérit pas tout le monde, Dieu ne guérit pas tous les hommes mais Dieu sauve tout l’homme. C’est la base de l’anthropologie fondamentale chrétienne. Dieu ne me guérit pas vraiment de toutes mes vulnérabilités mais Dieu me sauve dans mes vulnérabilités. Heureuses fautes qui me valent un tel Sauveur… le sauveur !

Savoir se confronter au réel, à la souffrance, aux séparations, entrer dans le deuil, savoir faire face aux crises. Ce sont des chemins de ‘croix sens’ (croissance). Mettre du sens dans nos croix. C’est aussi, tout en étant abandonné, je dois lutter contre tout ce qui me détruit. Je choisis de ne pas me laisser détruire. J’ai ce devoir de protéger de mon intégrité sous de fortes pressions. J’ai la capacité de me reconstruire, de me remettre de mes blessures, de rebondir.

7ème condition : l’impatience est une forme d’immaturité spirituelle ; la patience est le 7ème point pour être un adulte accompli. Ste Thérèse d’Avila dit : « la patience obtient tout, que rien ne te trouble, que rien ne te tourmente. Tout passe. Dieu ne change pas. Dieu seul suffit ». Ce n’est pas tout de le savoir dans ma tête que Dieu seul suffit. Saint François disait ça aussi à la fin de sa vie…Que m’importe, Dieu seul suffit. Ça ne me suffit pas de savoir que Dieu seul suffit, il me faut l’expérimenter. Qu’il s’arrête à ma tête « Dieu seul suffit » : Non, Dieu vient me rejoindre jusque dans mes entrailles. N’oubliez pas que miséricorde en Hébreux – rahamim – c’est le terme pour signifier, en hébreu, « entrailles-utérus ». Dieu nous aime comme une maman porte son enfant. On sait bien que combien quand une femme porte son enfant, elle est toute centrée sur son petit. Je n’ai pas à être le centre du monde mais je peux entendre Dieu me dire : « Pour moi, tu es le centre du monde ».

J’accueille ça paisiblement. Je suis créé unique, je suis aimé de manière unique. Il y a un proverbe qui dit : « nul n’est indispensable ». Eh bien si, désolé de vous contredire. Dès lors, je suis créé unique et donc irremplaçable. Je suis indispensable aux yeux de Dieu. Vous êtes indispensable aux yeux de Dieu. J’ai à découvrir mon chemin personnel sans me comparer, sans me comparer. 51’18 ? « Si vous voulez être malheureux, comparez-vous ».

J’ai à vivre ma forme spécifique de fécondité. J’ai à dire « oui » à Dieu, ce qui m’implique de dire « non » à tout ce qui m’empêche d’être, j’occupe ainsi ma juste place de créature. J’accepte mon histoire, je me réconcilie avec elle. Je fais toute la lumière dans mon histoire et quand la lumière est faite, je n’y retourne pas toute ma vie. Le piège de ces gens toute leur vie qui vont revoir les blessures de leur histoire. C’est bien de le faire mais quand c’est visité, c’est visité ; à un moment, c’est Talitha Koum, vas-y, à toi maintenant d’aller éclairer les autres.

Je vais à la rencontre de mes émotions sans me laisser mener par elles en écoutant le message de celles-ci. J’accepte que je suis vulnérable avec ce regard bienveillant, accueillant, compatissant sur moi. Je me pardonne comme Dieu me pardonne. Je ne tombe pas dans le piège de vouloir tout maîtriser. J’entre dans une juste collaboration avec l’Esprit Saint. Je prends conscience que la plus belle chose qui puisse m’arriver, c’est d’accueillir pleinement ma place privilégiée d’enfant de Dieu. Et que mon bonheur est dans l’intimité. Parce que c’est dans l’intimité que je découvre la force de l’abandon. Le fruit de l’abandon, c’est la paix et le fruit de la paix, c’est la joie. On n’a pas à demander la paix au Seigneur parce qu’elle est à recevoir comme un fruit. Dimanche passé, ça a été dit à trois reprises. Jésus nous dit à chacun d’entre nous : « Que la paix soit avec toi » et Jésus n’est pas un menteur. Il n’a pas dit : « Que la paix soit avec toi moyennant telle ou telle condition ». Jésus a dit : « Que la paix soit avec toi ». Dans un éternel présent. La prière, ce n’est pas ‘donne-moi ta paix’ puisqu’elle est donnée. Donne-moi d’accueillir ta paix qui m’est donnée et surtout, Seigneur, éclaire-moi. Qu’est-ce qui fait que je n’accueille pas ta paix qui m’est donnée ? Montre-moi, qu’est-ce qui fait que je n’accueille pas ta paix ? Jésus va te dire : « Reviens au cœur du cœur, parce que ton ciel sera d’être dans un cœur à cœur ». C’est dans une fidélité que vous rentrerez dans la fécondité. Et vous pourrez entendre un jour Dieu vous dire clairement : «C’est bien, serviteur bon et fidèle, en peu de choses tu as été fidèle… Entre dans la joie de ton maître. »

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