Enseignement d’Eric Vermeer à Marloie le 24 avril 2017.

June 15, 2017

Evangile selon St-Mathieu 6 ;24

Texte trop connu peut-être mais est-il réellement mis en pratique ? C’est vraiment la question que nous devons nous poser.

Dès la 1ère phrase, on ne peut servir deux maîtres. Evidemment, il y a nos rapports à l’argent. On sait très bien que pour le chrétien, le portefeuille, c’est parfois problématique. On peut s’interroger : pourquoi est-il parfois si compliqué de concilier le portefeuille avec notre foi ?

Mais plus loin que cela : « On ne peut servir deux maîtres à la fois » peut aussi être perçu d’une autre manière. Qui est-ce que je sers vraiment ? Est-ce que c’est Dieu que je sers ou est-ce que c’est moi que je sers ?

Dieu est-il vraiment maître de ma vie ou est-ce que j’essaie moi d’être maître de ma vie ? Est-ce que je sers Dieu ? Ou est-ce que je me sers ? C’est très subtil.

On peut parfois utiliser Dieu pour se mettre en évidence. Parce que mon égo prend toujours un peu plus de place qu’il n’y paraît. Même en tant que consacré, en tant que prêtre, est-ce que vraiment Dieu prend la première place dans ma vie ? On n’a pas que le droit de se poser la question, on a le devoir de se poser la question. Quand j’aime, est-ce que j’aime de manière gratuite, sans rien attendre de retour ? Ou est-ce que j’aime en espérant de la reconnaissance ? Même si c’est inconscient. N’allons pas trop vite pour répondre. Laissons ça descendre dans notre cœur et posons-nous la question. Est-ce que j’aime pour être aimé ou est-ce que j’aime parce que je suis né ?

Mettre Dieu à la 1ère place, c’est un combat de tous les jours et demande une démarche de conversion.

Le terme péché en Hébreu, c’est le même terme qu’on utilise pour dire « rater sa cible ».

Et conversion en Hébreu, c’est réaliser sa trajectoire.

Chaque fois que je pèche, je rate ma cible et comme un archer, il me faut réajuster mon tir pour que la cible soit réajustée vers le Christ. Ce n’est pas une fois par jour qu’il faut se convertir, c’est toutes les minutes de notre vie qu’il faut réajuster notre trajectoire.

 

« Ne pas servir deux maîtres », c’est vraiment se dire : est-ce que je suis unifié? C’est-à-dire, est-ce que ce que je pense je le dis, et est-ce que ce que je dis, je le fais ? On entre dans quelque chose de l’ordre du diapason dans notre vie et cette grâce d’être unifié, elle est essentielle parce qu’on peut être divisé et Jésus va dire dans l’évangile, « un temple divisé ne peut pas tenir ». Il parle d’une maison qui venait d’être cambriolée, les pharisiens disent, c’est par Belzéboul  que tu guéris et Jésus répond : « Un temple divisé ne peut pas tenir et le temple, c’est vous. Le temple c’est chacun de vous le temple de l’esprit. Si tu es divisé, tu ne peux pas tenir. Plus je suis unifié, plus je deviendrai ferment d’unité.

Maintenant, le cœur de l’évangile de ce soir, c’est « ne vous inquiétez pas ». C’est la seule fois dans les 4 évangiles où il y a un terme qui est repris 5 fois en 15 lignes. On a entendu dimanche passé « je vous donne la paix » à trois reprises mais il n’y a pas d’autres moments dans la Bible, dans l’évangile où Jésus, à 5 reprises, dit « ne vous inquiétez pas ». C’est dire l’urgence, l’urgence d’entendre ça. Et quand j’ai pris hein la parole mes frères. Et si on n’est pas bouleversé par la parole, c’est qu’on n’a pas compris le sens de la parole de Dieu. Si on n’est pas bouleversé par la parole de Dieu, c’est qu’on n’a pas compris ce que veut dire la proclamation de l’évangile. Les protestants l’ont compris. Pour un protestant, à chaque fois que la parole de Dieu est proclamée, un événement historique se produit sur la terre parce que Dieu parle à son peuple. Est-ce que je suis bouleversé par la parole ? Pas uniquement dans l’émotion mais jusqu’au fond de mes tripes ?

« Ne vous inquiétez pas » (vous savez bien que j’aime bien l’étymologie) en latin, c’est l’agitation, le trouble, la peur. Faut-il rappeler que la peur n’est pas chrétienne.

Si vous avez peur, n’ayez pas peur d’avoir peur, mais aller explorer cette peur d’où elle vient, qu’elle est sa racine ? Est-ce que c’est justifié ou non ? Mais la peur n’est pas chrétienne. Elle vient de très loin cette peur. Elle vient du jardin d’Eden. Rappelez-vous, Adam et Eve s’aiment dans leur corps, leur cœur transcendé par l’Esprit. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Jusqu’au moment où l’adversaire s’infiltre et crée le doute. Soudainement, il y a une confusion identitaire qui s’installe. De la place de créature, Adam et Eve convoitent la place de créateur. Et le doute s’installe. Et c’est seulement quand le doute s’installe qu’Adam et Eve passent de l’amour oblatif à l’amour captatif. « Je ne te reçois plus, je te prends ». C’est à ce moment-là, qu’Adam et Eve se couvrent de feuilles, seulement à ce moment-là qu’ils ont peur l’un de l’autre. La relation est brisée dès le départ. Et Adam ira même jusqu’à se cacher dans le jardin de Dieu. Et quand Dieu va le retrouver « Adam, t’étais où ? ». Adam va répondre : « Je me suis caché parce que j’ai eu peur ». Dès le départ, la relation d’amour est brisée par la peur. C’est depuis cette peur que cette peur que « je ne sais plus me laisser aimer et aimer vraiment en vérité ». Et cette peur, elle paralyse nos relations depuis toujours. C’est pas pour rien si le Seigneur dit 365 fois dans la bible : « ne craignez pas, n’ayez pas peur, ne vous inquiétez pas ». Une fois pour chaque jour. Il nous faut découvrir que l’abandon dont  parle aujourd’hui cet évangile n’est possible que si nous redevenons des enfants. Encore faut-il s’entendre avec la citation « enfants ». De nouveau, si j’accepte de me laisser bouleverser par l’évangile, écoutez Jésus qui dit : «Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume. ». Vous n’entrerez pas !!

Je ne sais pas si vous imaginez la puissance de ce que Jésus dit ?

Etre enfant, est la condition pour entrer dans le Royaume. Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu le révèles aux tout petits. Est-ce que je prends vraiment au sérieux cette parole de Dieu ? La condition pour entrer dans le Royaume, c’est d’être un enfant. Accepter d’être abandonné, totalement dépendant dans les bras du Père. Je suis l’enfant de Dieu mais j’ai à le devenir.

Etymologiquement : le verbe « devenir » : mouvement perpétuel dans lequel je me transforme.

Je n’ai jamais fini de devenir enfant de Dieu. On n’a jamais fini d’apprendre à découvrir que Dieu est Père même si mon père biologique ou mon père adoptif a peut-être ternis, abîmé l’image que je peux avoir de Dieu le Père, on le sait, j’ai à rentrer dans ce chemin de filiation. Je n’ai pas le choix parce que c’est le seul chemin de guérison. Le seul chemin de guérison c’est un chemin de filiation. Si je n’ai pas compris ça, je peux faire des tas de retraites, je n’avancerai pas. C’est dans la mesure où j’accueille mon identité d’enfant de Dieu que j’accueillerai ma mission de serviteur du Royaume et que je pourrai vivre ma vocation à la Sainteté. Cette trilogie, il nous faut l’écrire en lettre de feu dans notre cœur. C’est dans la mesure où j’accueille mon identité d’enfant de Dieu que je peux vivre ma mission de serviteur du Royaume, et c’est dans la mesure où je vis ma mission de serviteur du Royaume que j’accueille ma vocation à la Sainteté. Et j’espère que vous avez tous ce désir de la Sainteté.

Donc, l’abandon, ce n’est pas une sorte de passivité béate, une sorte de fatalisme mièvre. Ecoutons St-Ignace qui dit : « L’abandon, c’est tout comme si tout dépendait de toi, tout en sachant que tout dépend de Dieu ». L’abandon, pourquoi j’en parle ce soir, c’est parce que j’ai le sentiment profond que c’est ce qu’il y a le plus dur à faire dans notre vie. C’est la pierre angulaire de tous les saints, et c’est la  pierre d’achoppement de tous les chrétiens. C’est très facile de parler d’abandon quand tout va bien. C’est très facile de dire : « Moi, je suis abandonné ». On ne parle d’abandon que quand on a connu l’épreuve. Dire, je suis abandonné parce que j’ai 2000€ qui tombent sur mon compte, parce que les enfants vont bien. Tout le monde sait le faire. On peut parler d’abandonner quand j’arrive à dire : « L’événement qui s’en vient, je l’accepte tel qu’il est ». L’abandon, c’est de pouvoir dire, je ne condamne pas l’événement qui s’en vient. Je ne condamne pas l’événement. Quel que soit l’événement douloureux, très douloureux, ou très très douloureux, dès lors que l’événement est accueilli en tant que ce qu’il est, sans diffusion  sans interprétation, il est porteur de grâces. Pas tout de suite mais il est porteur de grâces.

Faut pas charrier quand même : le cancer, la maladie, la famine. Oui, entre ce que Dieu veut, et ce que Dieu permet, il y a notre liberté. Condition sine qua non d’un amour inconditionnel. Et dans cette liberté, j’ai la capacité de dire « oui » ou de dire « non », j’ai la capacité de choisir le bien ou de choisir le mal.

Mais je reste convaincu, Rom 8 ;28  que : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu ».

Même ce casse-pied qui m’énerve tous les jours. Oui, il est un événement dans lequel Dieu veut me dire : « Eric, apprends la patience, apprends le pardon ». Et soudainement, je découvre que mon agresseur devient le médecin de mon âme. Tout événement, quel qu’il soit, dès lors que je l’accueille tel qu’il est (et c’est ça l’accompagnement spirituel, aider les gens à accepter ce qui est), est porteur de grâce.

Il me faudra vivre jusque dans la paix  l’abc  dans la vie. J’accueille ce qui est, je bénis Dieu pour ce qui s’en vient et je sais qu’un jour je comprendrai. C’est l’abc. J’accueille, je bénis, je comprends ou je comprendrai. C’est l’abc. Et je ne doute pas de ça. Plus je résiste à l’épreuve, plus ce sera difficile à vivre. Il faut bien se mettre ça dans la tête. Quand une tuile vous tombe sur la tronche, que vous le vouliez ou non, vous aurez à la traverser. Tant qu’à faire, autant ne pas résister. Plus vous allez résister, plus ce sera compliqué. C’est une évidence.

Dieu ne veut pas forcément cela. De tout bien et de tout mal surtout, Dieu peut tirer le bien. Et la Croix, la Croix est le plus bel exemple.

Math.14. « Père tout est possible pour toi. Cette coupe, éloigne-là de moi. Mais cependant pas ma volonté mais la tienne. ». Rien que la tienne. Jésus va aller jusqu’au bout de l’amour. On le sait, ce n’est pas la Croix en tant que telle qui nous sauve, c’e